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Une cérémonie du café à Axum (2001)

Nous sommes À Axum, la capitale de l’Éthiopie antique (Xe siècle av. JC-Ve siècle ap. JC), et le centre mystique de l’Eglise orthodoxe monophysite éthiopienne. C’est ici d’après la tradition que se trouve l’Arche d’alliance que Menelik, le fils de la reine de Saba, a volée au roi Solomon.
C’est aussi à Axum que se trouvent les célèbres stèles monolithiques élevés aux premiers siècles de notre ère. La plus haute encore debout mesure 23 mètres. Une stèle de 28 mètres a été brisée par les Italiens qui l’ont emmenée à Rome. Elle a été réinstallée sur le site en 2008.

Cet après-midi nous avons rendez-vous avec notre belle-sœur, Tedjnesh (« Tu es du tedj », l’hydromel éthiopien), pour boire du café.
Nous nous rendons dans son magnifique tukul en pierre au cœur de la vieille ville. Elle nous y attend en habits de fête.

Tout est prêt. Des herbes sont étalées par terre, le brasero est allumé, la cérémonie peut commencer.
Nous sommes trois, mais il y a quatre tasses. Cela n’est jamais dit, mais un convive supplémentaire est toujours prévu, et l’on n’oublie jamais de le servir. Reste de rites magiques (les « zars ») certainement. C’est pour cela que la cérémonie est mal vue de l’église, toujours en train de combattre les pratiques païennes.
Les grains de café sont d’abord lavés, la peau et les saletés retirés. Puis ils sont grillés. Au Nord de l’Éthiopie, la torréfication se fait dans une casserole qui est agitée pour une cuisson régulière. Au Sud, les grains sont posés sur un plateau et doucement mélangés.
Ensuite, après avoir fait respirer l’odeur du café grillé aux participants, Tedjenesh l’écrase, et ajouté à l’eau dans le djebena, le fait infuser sur le brasero.
Ici, bien sûr, c’est un djebena tigréen, avec une seule ouverture, qui est utilisé. Au Shewa ils sont plus grands, avec deux ouvertures. Enfin les vrais magiciens utilisent des djebenas décorés avec trois ouvertures.

Pendant que le café se fait, on lave les tasses, papote, vérifie la décotion.
Enfin, le café est prêt, mais il faut le laisser se reposer. Puis tous les convives sont servis, et c’est le moment de le savourer.
Et ce jour là, ce fut un très bon café.
A divers moment, et au gré des désirs de l’officiant, de l’encens brûle. Pour l’odeur, mais surtout pour « faire de la fumée ».
Le même rituel se reproduit trois fois.
Il est très impoli de ne pas boire les trois cafés une fois que l’on a commencé, encore une pratique magique.

Elisabeth Teferedegn et Simon Imbert-Vier, janvier 2001


Sur la cérémonie du café on peut lire l’article de Rita Pankhurst « The coffee ceremony and the history of coffee consumption in Ethiopia », in Ethiopia in broader perspective, Papers of the XIIIth international conference of Ethiopian studies, Kyoto, 1997, p. 516-537

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